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Agro-pellets : une alternative aux prix élevés des pellets de bois ?

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17.10.2022
Poêle à pellets

Face à l’envolée des prix des combustibles pellets, Valbiom est sollicité par un nombre croissant d’acteurs sur les possibilités et la pertinence de produire des alternatives sous forme d’agro-pellets au départ de biomasses et de coproduits agricoles. La solution est cependant loin d’être aussi simple.

11,4 € pour un sac de 15 kg : voilà le prix moyen qu’un utilisateur de poêle à pellets doit débourser en octobre 2022 pour s’approvisionner en combustible. Face à ce niveau de prix jamais atteint, l’intérêt (re)vient pour la production d’agro-pellets. En effet, pourquoi ne pas valoriser certaines cultures déjà utilisées comme agrocombustibles (miscanthus) ou des coproduits de culture classique (pailles et autres) sous forme de pellets afin d’offrir une alternative aux pellets de bois ?

Produire des agro-pellets

La pelletisation de diverses biomasses est un sujet déjà étudié depuis de nombreuses années. En Wallonie, le CRA-W dispose d’une expertise dans ce secteur depuis de nombreuses années et continue d’investiguer ces pistes avec son projet ENERBIO. Les contraintes techniques de séchage et de densification dans des presses adaptées pour la production d’agro-pellets sont désormais bien maitrisées, bien qu’il s’agisse souvent de recettes au cas par cas, selon le type de biomasse à densifier. Il s’agit surtout de leur utilisation dans des équipements domestiques (poêles et chaudières à pellets) qui reste problématique.

Une composition chimique différente du bois

Les biomasses agricoles telles que le miscanthus ou les pailles présentent des caractéristiques de composition chimique qui diffèrent de celle du bois. Si cela engendre de légères différences en termes de pouvoir calorifique (exprimant le contenu en énergie) en comparaison du bois, les divergences importantes se situent en particulier sur les points suivants :

  • Une teneur naturelle en chlore et soufre plus élevée que dans le bois ;
  • Une proportion d’éléments minéraux (et donc de cendres) plus élevée ;
  • Une température de fusion des cendres plus basse.

Ces différences sont telles que les agro-pellets suivent une norme dédiée (ISO 17225-6), avec des spécifications différentes de celle des pellets de bois (ISO 17225-2). Ces différences sont d’autant plus marquées avec les exigences appliquées aux pellets domestiques de bois par les normes (ISO 17225-2) et certifications (ENplus, DINplus). En témoigne pour exemple le tableau comparatif suivant :

Paramètre

Pellets de bois (exigences de classe ENplus A1)

Agrocombustible (miscanthus, paille de blé)

Chlore

≤ 0,02 %

0,19 à 0,22 %

Soufre

≤ 0,04 %

0,08 à 0,15 %

Taux de cendre

≤ 0,7 %

3 à 6 %

Température de fusion des cendres

≥ 1200 °C

973 – 998 °C

Source

Référentiel ENplus, Part 3

Wood Fuels Handbook, AEBIOM

Or, les équipements domestiques classiques fonctionnant aux pellets sont spécifiquement conçus pour gérer de manière optimale la combustion, les cendres et les fumées issues de pellets de bois de qualité domestique (ex : de classe de qualité ENplus A1). Les différences de composition chimique citées plus haut impactent de manière non-négligeables ces paramètres. En premier lieu, les teneurs supérieures en chlore et soufre engendrent des problèmes d’acidification des gaz de combustion, pouvant entrainer la corrosion d’éléments du poêle et/ou du conduit de fumée. Deuxièmement, le taux de cendres plus élevé génèrera un encrassement plus rapide et une vidange plus régulière du creuset ou du bac à cendres. Mais sur ce point, c’est surtout le point de fusion plus bas des cendres des agrocombustibles qui risque de poser problème en formant des mâchefers qu’un creuset classique de poêle ne sera pas en mesure d’évacuer. Les seuls équipements qui pourraient accepter ces agrocombustibles sont les chaudières biomasse polycombustibles, munies des options adaptées aux spécificités de ceux-ci (chambre de combustion renforcée, recirculation des fumées et grilles de décendrage mobiles, équipements spécifiques de fumisterie, etc.).

On l’aura compris, les poêles et chaudières à pellets traditionnels ne sont pas adaptés à l’usage des agro-pellets. En cas de problème résultant de l’utilisation de ce type de combustible, le constructeur pourrait refuser de faire jouer la garantie, au motif de l’usage d’un combustible inapproprié. Voilà pourquoi, en attendant l’éventuelle mise sur le marché d’appareils de chauffage adaptés, mieux vaut donc n’utiliser que des pellets de bois, certifiés ENplus ou DINplus pour s’assurer de leur qualité.