Aller au contenu principal

Europe : évaluation du potentiel de production de matières premières bioénergétiques disponibles sur sites marginaux

A la une
06.03.2021

Image : Copyright ©BIOPLAT-EU

Le projet européen BIOPLAT-EU vient de publier un nouveau rapport fournissant l’information nécessaire pour visualiser le potentiel de terres marginales mobilisables en Europe pour la production de matière végétale, utile en bioénergies. L’étude fournit également la distribution géographique de ces sites à haut potentiel de production de biomasse.

Un article co-écrit par Aricia Evard, chef de projet Production de biomasse chez ValBiom ; Sébastien Moreaux, chef de projet chez Atrasol ; Daphné Handerek, ingénieure de projet (Département BIOSE - Echanges Eau-Sol-Plante) chez Gembloux Agro-Bio Tech, ULiège. Tous trois, partenaires du projet Interreg New-C-Land.

BIOPLAT-EU en bref

Lancé en novembre 2018, BIOPLAT-EU vise à promouvoir, en Europe, l'adoption par le marché de bioénergies durables alimentées grâce à de la biomasse non alimentaire, produite sur des terres marginales sous-utilisées et contaminées. Comment ? Grâce à la mise à disposition d'une plateforme web qui sert d'outil d'aide à la décision. 

Investiguer le potentiel d’usage des sites marginaux

Comme le réexplique bien la vidéo descriptive du projet, la politique européenne encourage la production de bioénergies mais cela soulève des réflexions sur les aspects de durabilité. Notamment sur la question de la sécurité alimentaire. Une des pistes de solution est d’investiguer le potentiel d’usage des sites marginaux, sous-utilisés et contaminés (MUC - Marginal, Underutilised and Contaminated) pour éviter ce conflit d’usage.

Pourtant, selon BIOPLAT-EU, la production de bioénergies sur sites MUC n’est pas suffisamment connue des parties-prenantes.

L’équipe du projet travaille sur la cartographie des MUC (Marginal, Underutilised and Contaminated) en faisant usage des techniques de détection (sensing). Par ailleurs, elle développe un outil de durabilité pour l’Europe et les pays voisins afin d’évaluer les aspects de durabilité de chaines de valeurs durables en bioénergies. A l’issue du projet, BIOPLAT EU fournira un guide financier et technique, permettant d’évaluer la bancabilité des projets générés sur les MUC afin de lever les freins liés au marché.

Du neuf sur l’outil cartographique des MUC !

La carte des sites contaminés a été réalisée en choisissant des seuils de pollution nationaux plutôt qu’européens car ces résultats sont plus proches des statistiques nationales et donc plus plausibles. La carte des sites sous-utilisés a été produite à l’aide d’une approche « remote sensing* » des cartes Landsat. Les données landsat sont des images de la terre capturées par satellite à une résolution de 30 m.

*Remote Sensing ou télédétection ou détection à distance.

Diverses classifications ont été réalisées en fonction des régions bio-géographiques car les sites marginaux présentent des signatures et des classifications différentes d’occupation des sols (foret, agriculture, pâture…) en fonction des régions.

Enfin, les résultats ont été combinés et les zones non-utilisables pour une production de biomasse énergétique ont été évincées.

Le point de vue de l’équipe New-C-Land sur la méthodologie

L’objectif de l’évaluation est de détecter les terres sous-utilisées pour l’ensemble de l’Europe.

Pour ce faire, des images satellite Landsat 8 à 30 m de résolution sont compilées sur une période de 5 ans (2015-2019) afin de créer des séries temporelles.

Ces dernières sont analysées selon une approche stratifiée en fonction, d’une part, des régions biogéographiques, et d’autre part, des limites des pays. Cette stratification permet de (1) prendre en compte la disparité climatique des régions européennes qui ont un fort impact sur la caractérisation des terres sous-utilisées et de (2) limiter la taille des données pour les traitements.

Ensuite, en combinant une classification des images grâce à l’algorithme « random forest* » et des données de référence, les pixels sont classés ou non en tant que terres sous-utilisées.

*Algorithme qui permet une analyse des valeurs des pixels des images satellites et l'attribution d'une classe à ces pixels en fonction de la plus grande occurrence de pixels ayant les mêmes caractéristiques.

La région méditerranéenne : le plus de terres sous-utilisées

Les résultats indiquent que c’est la région méditerranéenne qui montre les plus haut taux de terres sous-utilisées (8 %), suivie de la région alpine (2,76 %). La région continentale a contrario montre 1,66 % de terres marginales. Le taux le plus faible est enregistré dans la région boréale.

En termes de pays, le taux de sites marginaux est essentiellement élevé en Espagne, Ukraine, Grèce, Nord-Macédoine, Portugal, Croatie, Bosnie, Bulgarie ainsi que l’Italie et le Royaume-Uni. Peu de sites marginaux se situent en Scandinavie, Allemagne, Autriche et dans le Benelux.

C’est l'un des constats de l'équipe du projet New-C-Land en ce qui concerne les régions Belgique, Haut-de-France et Grand Est. Néanmoins, du potentiel surfacique réside.

Bon à savoir :

  • BIOPLAT EU ne prend pas en compte les réalités de terrain.
  • L’approche New-C-Land est, quant à elle, plus proche des propriétaires et gestionnaires de sites et peut ainsi mieux confronter les chiffres théoriques à la réalité de terrain.

Conclusion

L’étude de BIOPLAT-EU fournit non seulement de l’information nécessaire pour visualiser le potentiel de terres marginales mobilisables en Europe pour la production de matière végétale utile en bioénergies… Mais elle fournit aussi la distribution géographique de ces sites.

Les auteurs concluent que le potentiel de terres mobilisables pour produire de la biomasse à vocation bioénergies est estimé à 5.3 millions d’hectares, distribués géographiquement dans la région méditerranéenne et à l’Est de la région continentale, intégrant majoritairement l’Ukraine.

Plus d’infos ?